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La Révolution française aurait-elle eu lieu si Louis XVI avait eu "un doigt de fermeté" ? Typique du "jonbar point", ou "point essentiel de l'histoire", cette lancinante question mérite un traitement. Allons donc à la plus optimiste, pour l'intéressé en tous cas

LOUIS XVI A EU « UN DOIGT DE FERMETE « :

PREAMBULE - LA MONTEE DES PERILS :

Admettons que Louis XVI ait été sensible au mot de Turgot : « N'oubliez jamais sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles 1er sur le billot ».

Louis XVI est un homme intelligent et cultivé. Il médite, profondément dirons-nous, ces fortes paroles. Il approfondit la science politique. Il se convainct, dans l'obscurité de sa conscience, de la nécessité d'une évolution.

Il développe une assurance d'acteur; travaillant ses effets de scène. En un mot, il s'éloigne de Louis Capet pour se rapprocher de Louis XIV. Il s'assure un réseau de membres de la haute noblesse, partageant ses idées libérales, formant une sorte de société secrète. Proche semble-t'il de la franc-maçonnerie.

1789 : LA GESTE REVOLUTIONNAIRE :

Les Etats Généraux se réunissent en juin 1789. Louis XVI laisse les débats se radicaliser.

Le 14 juillet 1789, il créée la surprise en demandant aux Etats Généraux leur "avis" sur un projet de "texte constitutionnel", rédigé en secret.

Il décide du vote par tête par une formule célèbre : « Messieurs, mélangez-vous ». Par son audace, il sidère les Etats Généraux. 1130 suffrages exprimés 850 voix pour; 280 contre; la formule « un coup du 14 juillet » devient désormais synonyme " de coup de théâtre ".

Immédiatement après, Louis XVI » habilite » cette Constitution.
« Ma conscience de Roi, que je ne vois en cet instant guidée que par la seule Providence, me dicte comme un devoir sacré de délivrer cette Constitution au peuple. »
« Peuple de France, je vous fais Roi, et me fais votre sujet »
De par cette Constitution, Louis XVI devient « Roi de France et des Français ».

Dévolution du pouvoir à la « Nation »; séparation des pouvoirs; proclamation de l'égalité des sujets du roi; institution du suffrage censitaire en constituent les lignes directrices.

Louis XVI, désireux d'échapper à Versailles, va s'installer aux Tuileries. Il y constitue un gouvernement modéré. On y trouve Mirabeau, Lafayette et Talleyrand.
Il s'affranchit de l'étiquette. « Ma seule étiquette, c'est désormais la Constitution ».

LA CONSTRUCTION DES INSTITUTIONS :

Août/septembre 1789 : troubles en province, car cette constitution est, parfois, interprétée comme une « capitulation des nobles ».
Octobre 1789 : élection des représentants à « l'Assemblée des Français » dite « auprès du Roi ».
Les résultats créent une assemblée globalement dominée par les modérés.
Décembre 1789 : création de la « Garde Nationale ».

Par la suite diverses lois dont :

1791 : loi « Robespierre » sur la sécularisation des biens du Clergé.
Loi « Brissot « sur la réorganisation administrative de la France.

L'HOSTILITE DE L'EUROPE :

La haute aristocratie, une partie de la noblesse, et du haut-clergé restent sourdement hostiles aux évolutions. Le Comte de Provence devient le chef de l'opposition.

1793 : Tentative de coup d'état de l'opposition intérieure du 20/1/1793, dite « du chapeau qui tombe »; une balle perdue fait choir le couvre-chef royal. L'opposition monarchiste radicale est déconsidérée. Une partie des Princes de sang doit s'exiler.
Marie-Antoinette s'en va "découvrir les lieux saints". Elle ne revient pas. Elle meurt dans son exil autrichien en 1800.

Une partie de l'Europe s'émeut du libéralisme français. Se met progressivement en place une coalition « anti-française », essentiellement structurée autour de la Prusse et l'Autriche.
Mais l'Angleterre s'allie à la France. Espérant, sans doute, que le radicalisme français est de nature à diviser la vieille Europe.

Des gesticulations militaires ont lieu aux frontières.

"L'Assemblée des Français" vote le " péril national ". Après des contrariétés militaires, les armées françaises obtiennent quelques succès. Dont la brillante victoire de Waterloo, en juin 1794, qui leur ouvre la voie de Bruxelles.

Devant la sympathie grandissante pour la cause française, les monarchies absolues préfèrent la prudence.
Au Traité de Luxembourg en 1794, la France obtient quelques concessions territoriales dans les Pays-Bas autrichiens.

LE RETOUR A LA PAIX ET "LOUIS L'INGENIEUR" :

1800 : Marie-Antoinette est « rappelée à Dieu ». Louis XVI épouse la veuve d'un général tué au combat; Joséphine de Beauharnais; un mariage morganatique, sur le modèle de Louis XIV avec mme de Maintenon.

1801 : Talleyrand devient « ministre principal ». Il succède à Georges Danton. Lequel meurt de cause naturelle en 1820.

1802 : Louis XVI perd le contrôle des évènements politiques. Ses fonctions prennent un aspect de plus en plus protocolaire. Il se concentre sur les recherches techniques et l'exploration. Il soutient la vie économique.

1811 : Il traverse l'Atlantique sur un bateau à vapeur. Ce qui lui vaut le surnom de « Louis l'ingénieur ». Il devient le premier souverain européen à mettre le pied en Amérique.

1820 : La France intervient, victorieusement, dans les guerres d'indépendance des colonies espagnoles en Amérique, aux côtés des indépendantistes.

1828 : Des mouvements révolutionnaires surviennent en Europe. La France y échappe. Elle apparaît même comme un exemple attractif de monarchie "constitutionnalisée".

1836 : La loi « Lamennais » sur l'harmonie sociale en pays chrétien devient le symbole d'une "monarchie sociale".

1841 : Louis XVI, affaibli par l'âge, abdique. Il conserve le titre de "Roi". Louis XVII lui succède.

Novembre 1854 : décès de Louis XVI; seul Roi de France, et des Français, devenu centenaire.

L'année 1858 marque le début des guerres européennes entre progressistes et conservateurs; et la fin de l'âge d'or.

L'Histoire ne dit rien de Napoléon Bonaparte.

Le reste est une autre histoire... 

 

Louis XVI, Roi de France
et de Navarre
(1754-1793)
par
Joseph Siffred Duplessis
(Musée National
du Château
et des Trianons)